Burkina Faso : Le tabac fait 4 800 décès chaque année

L’Afrique contre le tabac (ACONTA), la Ligue des consommateurs du Burkina Faso (LCB) et le Réseau des journalistes anti-tabac du Burkina Faso (REJAT-BF) ont tenu, ce jeudi, 5 avril 2018 à Ouagadougou, une conférence de presse conjointe pour tirer la sonnette d’alarme sur l’atteinte sociale des produits du tabac au Burkina et la défiance de l’Etat par les industriels du tabac.

conférence ACONTA
le présidium( Assamiyou Ouédraogo, Salif Nikiema et Zango Alassane)

En effet, rappellent ces organisations de la société civile (OSC), le Burkina a ratifié la Convention-Cadre de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) pour la lutte anti-tabac, il y a douze ans et la loi portant lutte contre le tabac, adoptée en novembre 2010. Et parmi les textes d’application, le décret et l’arrêté relatifs au conditionnement et à l’étiquetage des produits du tabac ont été adoptés, il y a respectivement sept et trois ans. Cela fait donc trois ans que les industriels de tabac défient l’autorité de l’Etat au Burkina, en refusant d’apposer les messages sanitaires graphiques (sur les paquets de cigarettes).

« Plus de de 100 pays appliquent des images sur les paquets de cigarettes dont les plus récents en Afrique sont le Sénégal, le Tchad, le Kenya, l’Ile Maurice, Madagascar et Seychelles », soutiennent les conférenciers, pour qui, le Burkina ne doit pas rester en marge de cette dynamique internationale pour la protection de la santé publique, d’autant plus que le fléau du tabagisme fait plus de 4 800 décès par an au Burkina (selon l’OMS).

« Il faut arrêter ces pratiques, des gens ont des moyens ; quand ils sont malades, ils partent se soigner en Europe où le plateau technique est bien fourni. Mais nous, nous mourrons à l’hôpital Yalgado ici, parce que le plateau technique est très pauvre. Je suis de la santé, je sais de quoi je parle. On ne peut pas cautionner la mort de 4 800 personnes par an du fait du tabac. Non, il faut que le ministère de la santé joue son rôle », révèle le coordonnateur de l’ACONTA, porte-paroles de ces organisations à la conférence.

« Il a fallu le courage et le sens élevé de patriotisme du ministre de la santé d’alors, Smaïla Ouédraogo, pour que le ministère de la santé intente un procès contre la MABUCIG dont les responsables ont été convoqués publiquement pour leur demander de trouver une solution pour l’apposition des avertissements sanitaires graphiques », ont félicité les conférenciers.

Par contre déplorent-ils l’attitude du ministre actuel de la santé, Pr Nicolas Méda face à cette question cruciale. « Depuis qu’il est à la tête du ministère de la santé, nous avons l’impression que rien ne bouge, alors que ce sont eux les autorités. Récemment, nous étions en Afrique du Sud pour une conférence internationale sur le tabac ; le cas du Burkina a interpellé plus d’un. (…). Les fumeurs sont favorables, ils veulent arrêter de fumer, mais il faut un dispositif d’accompagnement … », explique le porte-parole, confiant que les organisations de lutte anti-tabac ont maintes fois demandé des audiences au ministre, sans succès.

« Nous saluons l’adhésion des Burkinabè, qui ont manifesté massivement leur soutien indéfectible aux actions de l’ACONTA en matière d’apposition de ces messages sanitaires graphiques notamment l’accueil réservé à la caravane de sensibilisation sur le sujet et nous promettons de poursuivre le combat jusqu’à la victoire finale », retrace M. Nikiéma, saluant l’accompagnement dans la lutte anti-tabac de responsables coutumiers et religieux. « A de nombreuses occasions, nous avons compris qu’avec la détermination du peuple entier, nous pourrons faire bouger les lignes. La preuve en est que le 20 décembre 2017, les députés intègres de notre pays ont infligé une correction historique aux industriels de tabac au cours du vote du nouveau code général des impôts. La mesure-phare de ce code a été l’augmentation de 20 points de la taxe sur le tabac. Sous l’œil des populations burkinabè, leur bénédiction, la détermination du ministère de l’économie et des finances, du ministère de la santé et avec l’appui du Tout Puissant, la taxe sur les produits du tabac est passée à 45% conformément à l’ancienne directive de l’UEMOA », ont-ils poursuivi, précisant que d’autres combats restent à venir, notamment le minimum de 50% de la taxe ad valorem (suivant la valeur) imposée par la CEDEAO et une taxe spécifique de 10 FCFA par tige de cigarette.

Du contentieux entre le ministère de la santé et la MABUCIG !

En effet, le ministère de la santé a intenté une action en justice contre la Manufacture Burkinabè de Cigarettes (MABUCIG) pour non-respect de la règlementation relative au conditionnement et à l’étiquetage des produits de tabac, un des objets de lutte de ces organisations de la société civile, notamment l’ACONTA (constituée en partie civile dans ledit procès). Un contentieux qui dure, de l’avis de ces organisations, du fait du dilatoire de la défense. « Depuis le 11 avril 2017, date de la dernière audience, cela fait bientôt un an que la Cour d’appel (de Bobo-Dioulasso, ndlr) ne s’est pas prononcée sur les arguments dilatoires sur l’exception d’inconstitutionnalité de la loi anti-tabac soulevées par l’avocat de la MABUCIG. Le TGI (Tribunal de grande instance) de Bobo-Dioulasso a notamment demandé au Conseil de la MABUCIG de saisir le Conseil constitutionnel pour avis sur la conformité de la loi anti-tabac à la Constitution du Burkina Faso. Le même conseil de la MABUCIG a fait appel de ladite décision devant la Cour d’appel de Bobo-Dioulasso. Cette Cour doit à présent statuer sur qui des deux (TGI de Bobo-Dioulasso ou conseil de la MABUCIG) doit saisir le Conseil constitutionnel », a retracé le coordonnateur de l’ACONTA, Salif Nikiéma.

Ces organisations, par leur porte-parole à cette conférence, s’interrogent sur le silence des juges du TGI et de la Cour d’appel sur l’avis qui est requis (l’audience relative à l’appel est finalement programmée pour le 30 avril 2018, informent les conférenciers). 
« Pendant ce temps, il y a des violations répétitives de la loi anti-tabac et de la Convention-Cadre de l’OMS pour la lutte anti-tabac. Les mesures violées sont entre autres, l’interférence de l’industrie du tabac dans l’adoption et la mise en œuvre des politiques de lutte anti-tabac ; l’interdiction de fumer dans les lieux publics ; l’interdiction de la publicité, de la promotion et du parrainage ; la lutte contre le commerce illicite des produits du tabac ; l’interdiction de la vente aux mineurs et par les mineurs », rappelle M. Nikiéma.

« Dans cette affaire, l’administration publique apporte sa bénédiction coupable à cet état de fait grâce à l’immobilisme de nos autorités et parfois avec leur flagrante complicité. Ainsi, lors des cérémonies organisées par la MABUCIG, nous avons vu dans la presse, des ministres participer et certains ont même été décorés à cette occasion (confère article sur wakatsera.com publié le 8 septembre 2017). Ce n’est pas normal ! », dénoncent les conférenciers, qui précisent ici que la Convention-Cadre de l’OMS interdit de telles accointances entre autorités et industries du tabac. 
Ils appellent donc à la volonté politique dans le traitement de cette question. Ils rappellent à cet effet que le procès en cours entre le ministère de la santé et la MABUCIG n’est pas un frein à l’application de l’arrêté relatif à l’apposition des avertissements sanitaires. « L’arrêté n’est pas suspendu, il est en vigueur. La MABUCIG et les importateurs de tabac doivent mettre les images sur les paquets de cigarettes. Il n’y a aucun lien entre l’application de l’arrêté et la procédure en cours », ont-ils insisté.

C’est fort de tout cela que ces organisations lancent un appel aux populations burkinabè à s’engager, à quel que niveau que ce soit, pour mener le combat pour le bien-être de tous ; au gouvernement, notamment au Premier ministre, ministre de la santé, celui de la justice, au premier responsable du département de l’économie et des finances, au ministre de la sécurité et celui du commerce, d’accélérer la résolution de cette question par le retrait pûr et simple des cigarettes non-conformes au cadre législatif et réglementaire, car ce sont plus de 4 800 Burkinabè qui meurent chaque année des effets du tabac (tout paquet de cigarettes qui ne respecte pas les prescriptions constitue des cigarettes non-conformes). L’apposition des images tel que le prescrit la loi et l’augmentation des prix de la cigarette (interdiction également de la vente en détails) est une mesure efficace reconnue par le monde pour protéger les enfants contre le tabac.

Dans le même esprit, ces organisations exhortent les juges à s’investir davantage pour que cette affaire connaisse un dénouement heureux pour les populations burkinabè. Elles plaident également auprès des autorités coutumières et religieuses pour la diffusion de l’information juste et vraie dans les lieux de cultes afin de soustraire les enfants de la ligne de mire des industriels de tabac. Elles interpellent en outre les industriels de tabac au respect des lois édictées par le Burkina en la matière afin de préserver la santé des populations.

Quid de la Chicha ?

 

la chicha est dangereux pour la santé

Au cours des échanges, des journalistes ont voulu comprendre un peu davantage sur ce produit dénommé « chicha », qui fait beaucoup parler de lui dans les milieux jeunes au Burkina. Ainsi, apprend-on que la chicha est un nouveau produit du tabac, qui se fume au moyen d’une pipe traditionnelle d’origine orientale. C’est un phénomène en vogue au Burkina, apprend-on. Plusieurs jeunes s’adonnent aujourd’hui à cette pratique dans plusieurs lieux publics, notamment dans des bars, des « chicha room ». 
Selon Salif Nikiéma, de nombreux pays africains, à l’image du Rwanda, du Kenya…, ont interdit la chicha. Au Burkina, le sujet est jusque-là ignoré par les autorités compétentes, alors que cette nouvelle forme de tabagisme fait sa traite. Dans la chicha, il y a du tabac et bien d’autres substances, tels que les arômes pour masquer et rendre agréable cette chicha. « Il y a bien d’autres substances toxiques qui agissent sur le cœur et les poumons. On retrouve toutes les substances du tabac dans la cigarette et une séance de chicha correspond à un paquet de cigarettes fumées », dit-on.

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